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  • Napoléon LaFossette

[TUTO] Les streams, ça rapporte combien?

Mis à jour : sept. 1

Voilà une question qui intrigue beaucoup sur les réseaux sociaux. Quels revenus sont générés par l'écoute de musique en streaming? Entre l'opacité des plateformes à ce sujet et les subtilités du calcul des revenus du streaming qui ne sont pas forcément bien expliquées aux auditeurs au sein des articles consacrés à ce sujet, il y a vite de quoi s'y perdre. C'est pourquoi Virgules vous propose aujourd'hui un tuto relatif aux revenus du streaming, qui vous permettra peut-être d'y voir plus clair sur cette question.




1. Quand est-ce que le streaming rapporte de l’argent aux artistes ?


Avant de se demander quel montant est généré par l’écoute en streaming de morceaux d’un artiste, il faut déjà se demander quand est-ce qu’un stream rapporte de l’argent.


Pour qu’un stream génère une rémunération qui reviendra à l’artiste, à son producteur et à ceux qui ont le droit à des royalties sur les sommes générées par le streaming, il faut atteindre un cap. C’est celui des 30 secondes. En effet, ce n’est que passé 30 secondes d’écoute d’un morceau qu’un stream est comptabilisé pour ce morceau, sur les plateformes de streaming.


La donne est différente sur Youtube, mais Youtube rémunère de toutes façons bien moins que n’importe quelle plateforme de streaming. Ceci puisqu’elle fonctionne différemment de ces plateformes, pour des raisons juridiques. Mais je n’évoquerai de toutes façons pas la plateforme vidéo au sein de cet article, afin de ne pas nous disperser. La question du value gap sera de toutes façons abordée plus tard sur ce blog.


2. Il est impossible de définir précisément le revenu généré par un million de streams


C’est tout de même curieux que l’on trouve si peu d’information sur les revenus du streaming en ligne, non ? Que cela soit sujet à débat sur les réseaux sociaux, débats auxquels même des professionnels du disque ne parviennent pas à offrir de réponse précise ? Cela est tout simplement dû au fait qu’il est impossible de dire ce qu’un stream ou un million de streams rapporte.


Pourquoi cela ? Parce que la rémunération générée par le stream d’un auditeur A qui n’a pas souscrit à un abonnement payant à sa plateforme de streaming génère largement moins qu’un stream généré par l’auditeur B qui verse 9,99€ par mois à Deezer ou Apple Music. Ensuite, parce que les taux de rémunération du streaming sont différents d’une plateforme à l’autre. Etonnant ? Non, en fait elles ont simplement chacune négocié avec les différents acteurs de la distribution de musique des contrats fixant ces rémunérations, certaines ayant réussi à obtenir de payer moins que d’autres. Les différences dont nous parlons ici ne se jouent pas à quelques pour cents, elles peuvent réellement être importantes. Ainsi, des plateformes les moins rémunératrices aux plus généreuses, la différence peut aller du simple au triple, voire plus encore. Enfin, le revenu généré par un stream va également dépendre du pays dans lequel l'auditeur paye son abonnement. Puisque l'abonnement ne coûte pas le même prix d'un pays à l'autre, et la rémunération des distributeurs, producteurs et artistes subit les conséquences de ces différences de prix.




3. Mais, dans quelle fourchette cette rémunération se situe ?


Malgré les cas extrêmes présentés dans le paragraphe ci-dessus, les rémunérations varient rarement du simple au double entre deux artistes, lorsque leur public est essentiellement concentré en France, Belgique et Suisse. Un artiste au public plus adolescent touchera généralement moins qu’un artiste dont le public est trentenaire, tout comme un artiste majoritairement écouté dans un pays au marché dominé par Spotify touchera généralement moins qu’un artiste majoritairement écouté dans un pays au marché dominé par Apple Music. Mais, en tout cas à l’échelle de la France, il est possible d’établir des fourchettes.


Ce qui semble se dégager des diverses discussions que j’ai eu à ce sujet avec des professionnels du disque et des artistes, c’est une fourchette de rémunération allant de 3.000€ à 5.000€ par million de streams. Mais attention : ce n’est qu’une fourchette issue de discussions en off, que je n’ai pu parvenir à étayer par des exemples. La prudence s’impose donc, ne prenez pas cette fourchette pour une vérité intangible.


Chaque année, le site The Trichordist publie des statistiques sur la rémunération moyenne de chaque plateforme de streaming l’année précédente. Mais ces statistiques ne valent que pour les Etats-Unis, et n’ont pas vraiment de valeur pour estimer la rémunération du streaming en France. Toutefois, cela peut présenter un intérêt pour se représenter les différences de rémunération d’une plateforme à l’autre. Mais avec beaucoup de pincettes, puisque ces rémunérations évoluent et que les écarts ne semblent pas être les mêmes d’un pays à l’autre. Ainsi, au lu des discussions que j’ai pu avoir sur ce sujet, Apple Music rémunère par exemple bien mieux en France qu’aux Etats-Unis.


Source : The Trichordist


4 – N’existe-t-il que cette rémunération directe ?


Les sommes que nous avons ici évoqués représentent l’essentiel de ce que les plateformes de streaming reversent sur leur chiffre d’affaires. Toutefois, elles ont également pour obligation de verser quelques dizaines de centimes d’euros par abonnement aux ayants-droits.


C’est-à-dire aux paroliers, compositeurs et éditeurs, inscrits en France à la Sacem. Ainsi, à peu près 12% de votre abonnement à une plateforme de streaming est reversé à la Sacem (soit 1,19€ sur un abonnement classique à 9,99€ par mois). Après prélèvement de quelques centimes relatifs à ses frais de gestion, la Sacem va reverser à ces personnes nommées « ayants-droits » cette somme. La répartition entre tous les adhérents de la Sacem se faisant au prorata du nombre de streams de chaque morceau déposé (ou à déposer) à la Sacem.


5 – Est-ce que ça va changer ?


Les revenus du streaming pourraient à l’avenir connaitre des évolutions. En voici quelques-unes, qu’il est déjà possible d’anticiper:


- L’une, quasi-certaine, ne concerne pas la rémunération moyenne mais la rémunération globale. Il s’agit tout simplement de l’intérêt toujours plus grand du public pour ce mode d’écoute, amenant le nombre d’auditeurs (et donc les revenus) à accroître d’année en année durant la décennie à venir. Les rapports et prévisions en tous genres nous étant ponctuellement offerts semblent tous s’accorder sur ce point.


- L’autre qui dépendra de l’évolution du marché. Il s’agit tout simplement de la capacité des plateformes majeures à rester majeures et à se partager le marché mondial – et les marchés nationaux - de manière assez équitable pour ne pas que l’une d’entre elles puisse faire pression pour abaisser les taux de rémunération, en profitant d’une position quasi-monopolistique. Un danger que l’on retrouve dans certains pays où Spotify écrase la concurrence, comme en Scandinavie.


- La dernière, c’est la question du passage ou non à une rémunération basée sur l’user centric. La méthode actuelle de calcul des revenus du streaming suit la logique suivante : chaque stream d’un auditeur génère la même somme que le stream suivant, qu’il écoute 100 ou 3000 morceaux dans le mois. Donc, si un abonné à Apple Music écoute 100 morceaux alors que son voisin qui a souscrit au même abonnement écoute 3000 morceaux, les revenus générés par leurs abonnements se répartiront entre les 3100 morceaux écoutés. La logique de l’user centric serait que les revenus soient calculés abonnement par abonnement. C’est-à-dire que si vous payez un abonnement mensuel et écoutez 500 morceaux, les revenus que toucheront les artistes seront répartis entre les auteurs/producteurs/distributeurs de ces 500 morceaux. Ainsi, si vous n’avez pas écouté le plus gros hit du mois sur la plateforme, pas un seul bout de centime ne reviendra au producteur de ce morceau. A l’inverse d’aujourd’hui. C’était techniquement impossible lorsque Spotify et consorts furent créés, ça l’est aujourd’hui, et ce changement a bien des partisans. Un tel changement de méthode de calcul serait sans aucun doute nocif à la rémunération des rappeurs (le public jeune passe plus de temps à streamer qu’un public plus âgé). Malgré tout, il ne faut pas nier que cette méthode de calcul serait plus éthique.



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